Jean-Baptiste REGNAULT - Les Cahiers du dessin français n°25

Jean-Baptiste Regnault

par Benjamin Couilleaux

Cahiers du dessin français n°25

Publié en mars 2025

Sommaire

  • Introduction  Lire un extrait
    • Texte d’ouverture
    • Repères biographiques
  • Catalogue

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Extrait de l’introduction

De tous les grands maîtres entre la fin de l’Ancien Régime et la Restauration, période si cruciale pour le renouveau de l’art français, Jean-Baptiste Regnault est sans doute celui qui a le moins retenu l’attention jusqu’à présent. Certes, son iconique tableau La Liberté ou la mort a fait la couverture de la mémorable exposition De David à Delacroix La peinture française de 1774 à 1830, au Grand Palais à Paris puis au Detroit Institute of Arts en 1974. De même, quelques travaux de grand intérêt ont été consacrés à Regnault par l’historien de l’art britannique Christopher Sells, à commencer par une thèse (inédite) soutenue au Courtauld Institute à Londres en 1980, à ce jour la recherche la plus exhaustive jamais menée sur l’artiste. Ces actions des plus louables n’ont toutefois pas permis de redonner à Regnault la situation qu’il mérite, au cœur des mutations esthétiques à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles.

Comment expliquer une telle déconsidération ? l’hégémonie intellectuelle et institutionnelle exercée par Jacques Louis David entre la Révolution et l’Empire, aux répercussions durables dans l’historiographie, ne saurait être le seul motif. Une prédilection pour les thèmes anacréontiques, un style apparemment sans évolution, une relative modération politique, une moindre productivité dans les dernières années au profit de l’enseignement, ont pu donner l’idée d’une personnalité artistique réservée, sinon figée. S’y ajoute la fortune malheureuse de trois de ses compositions parmi les plus ambitieuses, qui ont brouillé sensiblement la vision du peintre d’histoire : La Liberté ou la Mort, dont la trace se perd quelques années après son exposition au Salon de 1795, où fut également présentée sa réduction désormais à la Kunsthalle de Hambourg ; La Marche triomphale de l’empereur vers le temple de l’Immortalité ou La France victorieuse, immense toile (460×900 cm !) roulée depuis près d’un siècle dans les réserves du château de Versailles ; et Socrate arrachant Alcibiade des bras d’Aspasie, introuvable depuis 1907 à la préfecture de Chambéry où le Louvre l’avait déposé. De son temps même, l’artiste put connaître le discrédit, comme en témoignent les critiques acerbes à l’égard du robespierrisme tardif et désormais inconvenant de La Liberté ou la Mort au Salon de 1795, ou le relatif échec de son exposition particulière de 1800 réunissant au Louvre trois tableaux_ La Mort de Cléopâtre (1796/1797, Düsseldorf, Museum Kunstpalast), Les Trois Grâces (1793/1794, Paris, musée du Louvre) et Hercule et Alceste (localisation actuelle inconnue)_ sur le modèle de la présentation des Sabines de David.

Un examen sincère et approfondi de sa création révèle pourtant un caractère affirmé, fidèle à son ambition et sensible aux préoccupations de son temps. Montant progressivement dans la hiérarchie de l’Académie puis membre fondateur de l’Institut en 1795, Regnault est à l’évidence un artiste officiel. De l’Ancien Régime à la Restauration, il obtient d’ailleurs d’éminentes commandes publiques destinées aux hauts lieux du pouvoir, attestant de la profonde estime dont il jouissait parmi ses contemporains. S’il excella effectivement dans des sujets littéraires, mythologiques ou historiques, volontiers empruntés de sensualité, l’artiste n’en fut pas moins un grand peintre de drames antiques ou bibliques, de sujets allégoriques, ainsi que de portraits. Son talent et sa renommée attirèrent auprès de lui de nombreux jeunes gens désireux de profiter de son enseignement, au sein d’un atelier dont l’importance autour de 1800 se rapprochait de ceux de David et François-André Vincent…